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Le salaire du patron
N° 176 - février 1999

Hier, le syndicalisme de combat
Pierre Klépock
En lisant le livre de Jacques Keable sous forme d’entrevue avec Marcel Pepin, ancien président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Confédération mondiale du travail(CMT), on se demande où est passé le syndicalisme de combat, de classe et de masse de la CSN, ainsi que la lutte syndicale pour l’indépendance du Québec liée à la construction d’un État socialiste. Condamnant sans détour le système capitaliste et l’impérialisme avec ses fameux «rapports moraux», Marcel Pepin est sans conteste l’un des syndicalistes québécois les plus importants du siècle.

Non seulement ce bouquin est un complément aux ouvrages déjà existants sur l’histoire du syndicalisme au Québec, il se veut aussi un témoignage du virage à gauche de la CSN, amorcé sous la présidence de Marcel Pepin entre 1965-1976, vers un syndicalisme de lutte de classe, pratiqué dans l’intérêt des masses populaires et des laissés-pour-compte du libéralisme économique. La CSN socialiste se démarquait ainsi du syndicalisme «d’affaires» nord-américain. Présentement, les temps sont durs pour le rêve socialiste mais, souligne Jacques Keable, pour Marcel Pepin «la lutte est et sera toujours une nécessité absolue et doit être menée, aujourd’hui comme hier».(p. 327)

Défendre le peuple

Dans l’entrevue qu’il accorde à Jacques Keable, Marcel Pepin rappelle la genèse de ses rapports moraux. Dénonciation musclée du monde des affaires, des puissances d’argent qui dominent à la fois l’économie et l’État, les rapports moraux de Marcel Pepin, dont les plus célèbres furent Le Deuxième Front et Ne comptons que sur nos propres moyens, proposaient de déborder le cadre de la négociation collective pour entreprendre des luttes au plan social, et se prononçaient en faveur du socialisme comme alternative au système capitaliste. La CSN s’engagea alors dans l’action politique pour l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de la population.

Il abordera la question de l’indépendance du Québec dans sa Lettre aux militants, pour finalement se convertir à la lutte de libération nationale. Internationaliste dans l’âme en tant que président de la CMT de 1973 à 1981, son dernier rapport Prenons notre pouvoir, milite en faveur de l’indépendance des peuples contre l’impérialisme américain. Après 11 ans à la présidence de la CSN, il laissera ce message toujours d’actualité0 «Ce ne sont plus les abus du capitalisme qu’il faut combattre, mais le capitalisme lui-même, parce que, de nature, il est d’inéquité. C’est la distinction profonde entre le syndicalisme de combat et le syndicalisme d’affaire.»(p. 294)

Front commun de 1972

Le livre nous rappelle la formation du premier Front commun CEQ-CSN-FTQ, l’affrontement direct des «210 000» contre l’État employeur, en lutte pour des revendications communes0 travail égal,salaire égal ; 100$ minimum par semaine ; égalisation, par la hausse, du volume des avantages sociaux ; négociation à une table centrale réunissant tous les syndicats. Pour l’architecte et le coordonateur du Front, Marcel Pepin, les revendications syndicales ne s’appuient que sur un seul argument0 que les professionnels comme les «pousseuses de moppes» soient payés en fonction des besoins des employés plutôt qu’en fonction des lois du marché capitaliste. Il s’agit de réduire les écarts entre les hauts et les bas salariés.

La CSN faisait ainsi du secteur public la locomotive générale du mouvement ouvrier. Le Front commun se proposait d’être l’instrument de promotion des intérêts de l’ensemble des travailleurs du secteur privé. Tout l’envers du syndicalisme corporatiste. Il s’ensuivit les «Événements» de MAI ‘72, le MAI ‘68 des Québécois, une grève générale de plusieurs milliers de travailleurs à l’échelle du Québec, pour exiger la libération des présidents de centrales, emprisonnés pour défi au law and order du gouvernement Bourassa. Dans ce soulèvement populaire, des villes entières passent sous «contrôle ouvrier».

L’expérience du premier Front commun a démontré l’importance de la solidarité intersyndicale. Les gains obtenus par le secteur public auront permis un effet d’entraînement sur toute la classe ouvrière du Québec0 Des gains économiques et politiques,qui ouvriront la voix à d’autres Fronts communs, d’autres conquêtes sociales. Avec un Front commun en vue cette année, espérons que nos grandes centrales syndicales mettrons de côté leur apathie pour revendiquer des droits nouveaux pour «Nous, le monde ordinaire!»

1. Nous appliquons la règle que le féminin l’emporte sur le masculin dans les cas où les femmes sont majoritaires.

2. Fédération autonome du collégial (FAC) bulletin d’information sur la négociation de la FAC janvier 1998.

3. FNEEQ Bilan des négociations 1990-1997

4. Comme les ententes sectorielles sont différentes pour chaque organisation syndicale, nous vous donnons, à titre d’exemple, le contenu de l’entente intervenue avec la FNEEQ.

5. FNEEQ bilan des négociations 1990-1997.

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