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Le salaire du patron
N° 176 - février 1999

Déclaration de guerre de Bell
Pierre Dubuc
Le journal The Gazette a donné son appui au plan de la compagnie Bell pour vendre ses 2 400 téléphonistes du service 411 à la compagnie Excell Global Services de l’Arizona en invoquant les responsabilités de Bell à l’égard de ses consommateurs et de ses actionnaires.

Un de ces actionnaires est nul autre que le pdg Jean Monty qui, en 1997, a touché 12 290 400 $ en exerçant ses options d’achat d’actions, tout cela en plus de 871 812 $ en salaire, 1 451 766 $ en bonis et 2 600 480 $ en « autres compensations », pour un total de plus de 17 millions en revenus. Il a également pour 19 millions $ d’actions non exercées.

« Vous êtes un homme bien payé, M. Monty »

« Vous êtes un homme bien payé, M. Monty » déclarait Stéphane Bureau lorsqu’il l’a reçu à l’émission Le Point, mais il s’est bien gardé de mentionner le montant de ses revenus. Bureau a semblé, dans un premier temps, montrer de la compassion pour les téléphonistes, mais il a vite accepté les explications bidon de Monty selon lesquelles toute l’opération avait pour but de « sauver » leurs emplois. Ah ! que M. Bureau avait donc hâte de changer de sujet et de parler des « nouvelles technologies » qui le « passionnent » !

Contrairement à son habitude, Stéphane Bureau a croulé devant l’arrogance ouverte qu’affichait ce soir-là son invité. Jean Monty avait l’arrogance du patron devant son employé, ce qu’est en réalité Stéphane Bureau. Car Bell Canada est le principal annonceur du Téléjournal. En fait, cela va si loin que Bell Canada se paye, à chaque soir, la première nouvelle du Téléjournal parce que Radio-Canada a accepté que la publicité de Bell passe exceptionnellement à 10h00 précises et non à 09h59, comme cela se fait sur les autres chaînes, de façon à ce que l’auditeur qui ouvre sa télé à 10 heures pour le Téléjournal tombe d’abord sur la publicité de Bell.

La « perfection » selon Excell

Jean Monty, qui a un appartement au Château, rue Sherbrooke à Montréal, un résidence d’été au lac Memphrémagog et vient de s’en acheter une autre à West Palm Beach en Floride où se retrouvent les Paul Desmarais, Conrad Black et l’élite financière nord-américaine se fout éperdument des futures conditions de travail des téléphonistes et de la qualité du service à la clientèle qui en résultera.

Dan Ivanoff, le pdg de Excell Global Services, l’entreprise avec laquelle Bell vient de s’acoquiner, les décrit de la façon suivante dans un article publié récemment0 « Nos téléphonistes à Phoenix commencent à 6,75$ de l’heure. Elles ont 6 cents supplémentaires pour chaque appel au-delà de 80 appels par jour, ce qui leur donne un salaire moyen de 9,90$ de l’heure, à la condition qu’elles aient une attitude parfaite ». Ivanoff poursuit 0 « Une attitude parfaite, cela signifie que vous êtes en position de prendre un appel à CHAQUE SECONDE de travail pendant la semaine. Si vous quittez une SECONDE trop tôt pour la pause, cela signifie que vous êtes imparfaite. »

Quant au service à la clientèle offert par Excell Global, il a fait l’objet de nombreux commentaires dans la presse américaine en 1996 et 1997. On a rapporté plusieurs cas de clients qui se sont fait répondre que d’importantes villes ou des lieux aussi connus que la Bourse de New-York n’existaient pas !

C’est une déclaration de guerre

Quand Bell, la plus grosse entreprise au Canada, annonce ouvertement qu’elle va avoir recours à la sous-traitance pour se débarrasser du syndicat et couper de moitié les salaires de ses téléphonistes, mais aussi des employées des Télé-boutiques et de ses autres services, c’est une déclaration de guerre qu’elle lance à l’ensemble du mouvement syndical, car il est certain que la réussite ou l’échec de son offensive influencera à court terme l’attitude des autres entreprises.

Le conflit chez Bell démontre clairement que deux logiques s’affrontent. D’un côté, celle de la déréglementation, de la concurrence à tout crin, celle des actionnaires qui veulent s’en mettre plein les poches. De l’autre, celle des employées qui veulent des conditions de travail et de vie décentes et celle des utilisateurs. Deux logiques irréconciliables. Au mouvement ouvrier d’en tirer les conséquences.

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